- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je veux que notre nuit soit inoubliable, que ton souvenir de moi reste impérissable. Une seule nuit et nos corps enchaînés plus fort que jamais.
- Tais-toi. Tu sais bien que je n'oublierai rien de toi, même sans cette nuit. Je n'oublierai ni ton sourire, ni l'odeur de ta peau. Je garderai l'image de tes cheveux en bataille au réveil, pareil à un nid de corneille, et celle de ton regard d'enfant perdue le soir de notre rencontre. Et si moi je voulais que tu te souviennes de nous pour toujours... Qu'aurais-je à te laisser de moi ?
- Offre-moi un mensonge, dis-moi que tu veux que je reste.
J'ai toujours aimé mentir. Seulement là, je me suis pris une véritable claque dans la gueule. Et c'est à ce moment précis quel j'ai compris que j'étais en train de la perdre. Elle m'avait déjà apprivoisé, elle avait vu en moi le connard caché derrière ces yeux noirs. Pourtant, elle ne se doutait pas que sa présence, son contact, sa philosophie de la vie m'avaient déjà changé. Et malgré tout, elle avait de nouveau peur. Cette frayeur de l'avenir qu'ont toutes les femmes au c½ur maintes fois déchiré. Quoique je fasse, quoique je dise, elle m'avait déjà fiché parmi ses « salauds à quitter ». J'aurais tout donné, tout, pour la retenir et l'étreindre pour l toujours. Il l aurait peut-être suffit d'un mot de plus, d'une étreinte plus l forte, ou l d'une ' dispute affreusement l déchirante pour mieux se retrouver...
Après cette nuit-là, elle est partie. J'aurais dû courir après son taxi sombre, ne pas lâcher sa main, et dans cette rue sinistre, tenter de ne plus fuir l'avenir. J'aurais dû lui hurler que j'étais un con et que je l'aimais comme un fou. Oser lui dire que je voulais qu'elle reste à jamais. Oser lui dire que si je devais avoir mal, j'acceptais de souffrir avec elle. Oui, oser quitte à en crever. Un jour on m'a dit que la vie n'est pas faite de respirations, juste de moments qui vous coupent le souffle. Cette fille m'a coupé le souffle. Un instant d'elle, cette inconnue au creux de mes bras, valait tous les baisers d'une Juliette, ou d'une Cassandre. J'aurais aimé vivre en apnée une respiration de plus et faire reculer cette maladie qui inconsciemment, nous a séparés. Pour elle, j'aurais lutté contre mon corps, battu, vaincu ce putain de poison. En quelques jours, elle avait découpé son nom en gros caractères dans mon c½ur. Ces 6 lettres, qui à présent me brûlaient la poitrine, étaient des étincelles capables d'incendier le reste de ma vie. Le temps est un traitre, un matin il se révèle être un espion et nous poignarde dans le dos. Oui, le temps nous joue les plus mauvais tours.
Aujourd'hui, je me dis que mon bonheur n'avait peut-être pas un goût d'interdit au final, juste une saveur d'éphémère. ✖